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I-Lead · Préparation du dirigeant

Performance du dirigeant : et si on la mesurait comme un athlète ?

Un sportif de haut niveau ne se fie pas à ses impressions : il mesure sa charge, sa récupération, sa progression. Le dirigeant, lui, navigue souvent à l'instinct. Et s'il empruntait les outils du sport pour durer ?

En résumé

Le sport a appris à mesurer ; l'entreprise, beaucoup moins

Dans un staff de haut niveau, plus rien n'est laissé au hasard. La charge d'entraînement est quantifiée, la récupération suivie, la fatigue anticipée. On ne « pousse » pas un athlète à l'aveugle : on lit des données pour décider.

Côté dirigeant, le contraste est saisissant. Beaucoup pilotent une entreprise avec une rigueur extrême… et leur propre énergie au feeling. Or c'est cette énergie qui conditionne la qualité des décisions.

L'idée n'est pas de transformer un dirigeant en athlète. C'est d'emprunter au sport une discipline : mesurer pour piloter.

Charge et récupération : une analogie qui tient

En préparation physique, la performance ne naît pas de l'effort seul, mais de l'alternance entre charge et récupération. Trop de charge sans récupération, et le corps décroche.

La vie d'un dirigeant suit la même mécanique. Les semaines intenses s'enchaînent, mais la récupération, elle, passe souvent à la trappe. La charge devient chronique : et c'est précisément ce schéma qui mène à l'épuisement.

Reconnaître cette alternance, c'est déjà reprendre la main : planifier des temps de récupération comme on planifie une réunion stratégique.

Quels indicateurs regarder ?

Inutile de se noyer dans les chiffres. Quelques marqueurs simples racontent l'essentiel de l'équilibre charge / récupération :

Pris isolément, aucun de ces indicateurs ne dit tout. Ensemble, ils dessinent une tendance : et c'est la tendance qui compte.

La variabilité cardiaque, fenêtre sur la récupération

Parmi ces marqueurs, l'un a pris une place centrale dans les staffs de performance : la variabilité de la fréquence cardiaque (VFC, ou HRV). Il ne s'agit pas du pouls, mais de la légère variation de temps entre deux battements. Contre-intuitivement, un cœur en bonne récupération ne bat pas « comme un métronome » : une variabilité élevée témoigne d'un système nerveux autonome équilibré, prêt à encaisser une nouvelle charge [8].

Les travaux de Daniel Plews et de ses collègues ont montré que suivre la VFC sur la durée (sa tendance, pas une valeur isolée) permet de moduler l'entraînement plus finement qu'un plan rigide : on charge quand l'organisme est prêt, on allège quand il décroche [8]. La leçon pour le dirigeant n'est pas d'acheter un capteur, mais d'en retenir le principe : la récupération laisse des traces mesurables, et un mauvais signal répété vaut mieux être écouté tôt que subi tard.

Périodiser : alterner les saisons plutôt que courir sans relâche

Aucun athlète ne s'entraîne à intensité maximale toute l'année. La préparation est périodisée : des phases de montée en charge, des pics calés sur les compétitions, des phases de récupération et de reconstruction. Ce découpage n'est pas un aveu de faiblesse, c'est la condition d'une progression durable et d'un pic de forme au bon moment.

Transposée à la direction d'une entreprise, la périodisation invite à penser l'année en saisons plutôt qu'en sprint continu : identifier les vrais pics (closing, lancement, levée de fonds), y concentrer l'énergie, et ménager délibérément des phases de récupération après. Le dirigeant qui traite chaque semaine comme une finale n'a, par construction, jamais de pic : il vit en surrégime permanent, l'état le moins performant qui soit.

De la donnée à la décision

Mesurer ne sert à rien si l'on n'en fait rien. Le vrai sujet, c'est la décision : ralentir au bon moment, accélérer quand l'organisme le permet, protéger les fenêtres de récupération.

C'est exactement le geste d'un staff de performance : transformer une donnée en ajustement concret. Appliqué au dirigeant, il devient un outil de lucidité personnelle et de longévité professionnelle.

Séminaire I-Lead · Lausanne Performance mesurée : objectiver sa condition de dirigeant comme celle d'un athlète

Le ratio charge aiguë / charge chronique : un garde-fou

Le sport de haut niveau a formalisé une intuition : ce n'est pas la charge élevée en soi qui blesse, mais l'augmentation trop rapide de la charge par rapport à ce que l'organisme a l'habitude d'encaisser. C'est le principe du rapport entre charge aiguë (la semaine en cours) et charge chronique (la moyenne des semaines précédentes) : une progression maîtrisée protège, un pic brutal expose [2].

La transposition au dirigeant est directe. Enchaîner trois semaines hors normes après une période calme, c'est créer un « pic de charge » que rien n'a préparé. La parade n'est pas de tout ralentir, mais de monter en charge progressivement et de préserver une charge chronique soutenable : anticiper les pics connus, intercaler des semaines allégées, éviter l'accumulation invisible.

Sommeil et récupération : le levier le plus sous-estimé

Chez l'athlète, le sommeil est considéré comme le premier outil de récupération : il conditionne la consolidation de l'apprentissage, la réparation tissulaire, l'équilibre hormonal et la qualité de la décision. La littérature en sciences du sport montre qu'une dette de sommeil dégrade la performance cognitive et physique, et ralentit la récupération [3].

Pour un dirigeant, le sommeil est souvent la première variable sacrifiée : et la plus coûteuse. Le traiter comme un indicateur de pilotage (durée, régularité, horaires) plutôt que comme une variable d'ajustement change la donne. Préserver le sommeil, c'est protéger la ressource qui rend toutes les autres décisions possibles.

Quand la surcharge devient un risque de santé

L'analogie sportive a une limite qu'il faut nommer : la charge chronique sans récupération n'est pas qu'une affaire de performance, c'est un enjeu de santé. Une vaste analyse conjointe de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Organisation internationale du travail a estimé que les horaires de travail longs (55 heures et plus par semaine) augmentent le risque de cardiopathie ischémique et d'accident vasculaire cérébral [5].

Mesurer sa charge, ce n'est donc pas un luxe de « biohacking » : c'est une démarche de prévention. Le dirigeant qui apprend à lire ses signaux (fatigue, sommeil, récupération) et à ajuster sa charge ne gagne pas seulement en performance : il réduit un risque cardio-vasculaire bien réel. C'est tout le sens d'un accompagnement qui relie performance et santé.

L'activité physique, dopant légal du cerveau qui décide

Il y a un levier que le dirigeant sous-estime presque toujours : l'exercice ne muscle pas que le corps, il améliore directement les fonctions cognitives qu'il mobilise au quotidien. Les travaux de Charles Hillman et de ses collègues ont établi qu'une meilleure condition aérobie est associée à de meilleures fonctions exécutives : attention, mémoire de travail, contrôle de soi, flexibilité mentale [9].

Le mécanisme est aujourd'hui bien décrit : l'activité physique régulière améliore l'irrigation cérébrale, soutient la plasticité neuronale et régule le stress. Pour qui décide toute la journée, c'est un investissement à rendement direct : une demi-heure d'effort n'est pas du temps soustrait au travail, c'est du temps qui améliore la qualité des heures qui suivent. L'OMS recommande au moins 150 à 300 minutes d'activité modérée par semaine ; pour un dirigeant, ce n'est pas une consigne de santé parmi d'autres, c'est une mesure de performance [1].

Vos questions sur la performance du dirigeant

Un dirigeant a-t-il vraiment besoin de « mesurer » sa condition physique ?

Mesurer ne veut pas dire se comparer à un athlète professionnel. Il s'agit d'objectiver quelques indicateurs simples (sommeil, récupération, capacité d'effort) pour piloter son énergie sur la durée plutôt que de subir la fatigue.

Quels indicateurs sont utiles pour un dirigeant ?

Les plus parlants sont le sommeil, la variabilité de la fréquence cardiaque (un marqueur de récupération), la capacité aérobie et la perception de l'effort. Pris ensemble, ils racontent l'équilibre entre charge et récupération.

La notion de charge d'entraînement s'applique-t-elle au travail ?

Oui, par analogie utile. Comme un athlète, un dirigeant alterne des périodes de forte charge et des périodes de récupération. Le risque, dans les deux cas, est la charge chronique sans récupération suffisante, qui mène à l'épuisement.

Le séminaire I-Lead Lausanne est-il une action de formation ?

Oui. I-Lead est structuré en action de formation au sens de l'article L.6313-1 du Code du travail, imputable sur le plan de développement des compétences de l'entreprise. Voir les financements.

Qu'est-ce que le ratio charge aiguë / charge chronique ?

C'est un indicateur issu de la préparation physique qui compare la charge de la semaine en cours à la moyenne des semaines précédentes. Il rappelle que le risque vient surtout d'une augmentation trop rapide de la charge, pas de la charge élevée en soi. Transposé au dirigeant, il invite à monter en charge progressivement et à éviter les pics brutaux après une période calme.

Trop travailler est-il vraiment un risque cardio-vasculaire ?

Oui. Une analyse conjointe de l'OMS et de l'OIT a estimé que les horaires de travail longs (55 heures et plus par semaine) augmentent le risque de cardiopathie ischémique et d'accident vasculaire cérébral. Piloter sa charge et préserver sa récupération relève donc aussi de la prévention.

La variabilité cardiaque (VFC) est-elle utile au quotidien ?

C'est l'un des marqueurs de récupération les plus suivis dans le sport : une variabilité élevée témoigne d'un système nerveux équilibré. Ce qui compte est la tendance dans le temps, pas une valeur isolée. Le dirigeant n'a pas besoin d'un capteur pour en retenir le principe : la récupération laisse des traces, et un signal dégradé répété doit être écouté tôt.

Faire du sport améliore-t-il vraiment la qualité des décisions ?

Oui. Les recherches de Hillman et d'autres montrent qu'une meilleure condition aérobie est associée à de meilleures fonctions exécutives : attention, mémoire de travail, contrôle de soi. Pour un dirigeant, une demi-heure d'effort n'est pas du temps perdu : c'est un investissement qui améliore la qualité des heures de travail qui suivent.

Sources & références scientifiques

  1. Organisation mondiale de la santé / Bull F.C. et al. : WHO 2020 guidelines on physical activity and sedentary behaviour (au moins 150 à 300 minutes d'activité modérée par semaine chez l'adulte). British Journal of Sports Medicine, 2020;54:1451-1462. Aide-mémoire OMS : who.int · Accès libre : bjsm.bmj.com · DOI : doi.org
  2. Gabbett T.J. : The training-injury prevention paradox: should athletes be training smarter and harder? British Journal of Sports Medicine, 2016;50(5):273-280. Accès libre (éditeur) : bjsm.bmj.com · DOI : doi.org
  3. Halson S.L. : Monitoring training load to understand fatigue in athletes. Sports Medicine, 2014;44(Suppl 2):S139-S147. DOI : doi.org · Texte intégral (PMC) : ncbi.nlm.nih.gov/pmc
  4. Fullagar H.H.K. et al. : Sleep and athletic performance: the effects of sleep loss on exercise performance, and physiological and cognitive responses to exercise. Sports Medicine, 2015;45(2):161-186. DOI : doi.org
  5. Pega F. et al. (OMS / OIT) : Global, regional and national burdens of ischemic heart disease and stroke attributable to exposure to long working hours. Environment International, 2021;154:106595. Accès libre (éditeur) : sciencedirect.com · DOI : doi.org
  6. Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) : Ressources sur la charge d'entraînement et la récupération. Accès libre : insep.fr
  7. Santé publique France : Repères sur l'activité physique et la sédentarité. Accès libre : santepubliquefrance.fr
  8. Plews D.J. et al. : Training adaptation and heart rate variability in elite endurance athletes: opening the door to effective monitoring. Sports Medicine, 2013;43(9):773-781. PubMed : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23852425 · DOI : doi.org/10.1007/s40279-013-0071-8
  9. Hillman C.H., Erickson K.I., Kramer A.F. : Be smart, exercise your heart: exercise effects on brain and cognition. Nature Reviews Neuroscience, 2008;9(1):58-65. PubMed : pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18094706 · DOI : doi.org/10.1038/nrn2298

Cet article a une visée d'information et de formation professionnelle. Les analogies avec la préparation sportive ne remplacent pas un avis médical individualisé.

CA
Co-autrice · Lead pédagogique du séminaire
Charlotte Auché

Enseignante en activité physique adaptée, formée à la méthode De Gasquet, Charlotte Auché intervient en sport en entreprise comme en service de soins. Cette double pratique lui permet de parler aux dirigeants dans leur langage, sans dilution clinique.

Profil LinkedIn
BP
Co-auteur · Co-intervenant
Briac Poussin

Data scientist et préparateur physique de l'Union Bordeaux Bègles (Top 14), Briac Poussin pilote la charge des athlètes au sein du staff de performance. Il transpose au dirigeant les outils de mesure et de décision du sport de haut niveau.

Profil LinkedIn

Piloter sa performance comme un athlète.

Un séminaire résidentiel I-Lead à Lausanne, capitale olympique mondiale.

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